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PD Dr méd. Marie Théaudin

10. Décembre 2021

Interview de PD Dr méd. Marie Théaudin
Département de neurologie – Centre Hospitalier Universitaire Vaudois

Amylose hATTR : Changement fondamental de la prise en charge grâce au patisiran

Keywords: amylose héréditaire, hATTR, gène TTR, interférence par ARN, iARN, polyneuropathie, dépôts d'amyloïde, Swiss Amyloidosis Network, SAN, patisiran

Take Home Messages
  • Le patisiran est le premier représentant de la classe des iARN à recevoir l'autorisation de mise sur le marché en Suisse dans l'indication du traitement de l'amylose héréditaire à transthyrétine (amylose hATTR) chez les patients adultes atteints d'une polyneuropathie de stade 1 ou 21
  • Le patisiran a amélioré la polyneuropathie et la qualité de vie de patients souffrant d'une amylose héréditaire ATTR versus placebo2
  • L'amylose hATTR doit être diagnostiquée dès que possible, car le traitement est d'autant plus efficace que le diagnostic est précoce
  • Les réseaux locaux et nationaux de l'amylose contribuent à la prise de conscience de l'existence de cette affection chez les médecins praticiens

Qu'est-ce qui a changé dans le traitement de l'amylose héréditaire à transthyrétine (hATTR) depuis l'introduction du patisiran ?

Nous n'avons certes pas encore de données sur le long terme, mais nous avons pu constater que le patisiran est efficace à court et à moyen terme. Les patients disposent maintenant d'une alternative thérapeutique moins agressive que la greffe du foie. Nous suivons actuellement au CHUV une quarantaine de patients malades ou porteurs asymptomatiques de l'anomalie génétique responsable d'amylose hATTR et nous utilisons le patisiran depuis 2018. Onze patients ont reçu ce traitement depuis 2018, et nous tachons à chaque fois de le débuter dès que les premiers symptômes de la maladie ont commencé.

Pourquoi est-il important que les patients avec amylose hATTR soient identifiés dès le stade précoce de la maladie et qu'un traitement ciblé leur soit proposé ?

Les dépôts d'amyloïde qui se forment dans l'organisme entrainent des dégâts pour la plupart irréversibles (dans les nerfs, le cœur, parfois les reins). Le traitement permettant de ralentir franchement la progression de la maladie, il y a intérêt à le débuter le plus tôt possible après l'apparition des premiers symptômes, pour limiter les séquelles liées à la maladie.

Quels sont les principaux critères diagnostiques de l'amylose hATTR ?

Les patients peuvent débuter leur maladie soit par des symptômes neurologiques, soit par des symptômes cardiaques. Sur le plan neurologique, l'apparition de douleurs neuropathiques, associées à des troubles sensitifs déficitaires avec mise en évidence d'une neuropathie axonale rapidement évolutive doit faire suspecter le diagnostic, a fortiori si s'y ajoutent des signes dysautonomiques (hypo­tension orthostatique, troubles digestifs, troubles de l'érection). Chez les patients d'origine portugaise avec anamnèse familiale positive, le diagnostic est en général facilement suspecté. Chez les patients ne venant pas d'une région typiquement endémique de l'amylose hATTR, comme le Portugal, la Suède ou le Japon4, on ne trouve en revanche pas d'antécédents familiaux dans 50% des cas. Ces cas sont particulièrement difficiles à diagnostiquer et ils sont d'ailleurs souvent identifiés très tardivement. Des décès de cause inconnue parmi les proches, parents/fratrie, peuvent faire suspecter l'existence d'une amylose familiale méconnue. Le test génétique donne la solution. Il est en général pris en charge par l'assurance de base. En cas de désir d'enfant, nous recommandons aux porteurs et porteuses de la mutation TTR un conseil génétique, que les patients ne suivent toutefois pas toujours.

Quelles sont les paramètres de la qualité de vie des patients avec amylose hATTR que le patisiran permet d'améliorer ?

Autrefois, la crainte d'une progression de la maladie et la perspective d'une greffe du foie étaient constamment présentes dans l'esprit des patients. Cette épée de Damoclès n'est plus suspendue sur les têtes aujourd'hui et les personnes touchées peuvent voir l'avenir plus sereinement. Le plus important est certainement que le médicament est clairement efficace, ce qui explique l'excellente compliance de nos patients s'agissant de leurs rendez-vous pour les perfusions. Les jeunes patients chez qui le traitement a pu être démarré précocement ont pu continuer à travailler. D'autres, qui ont développé la maladie avant l'arrivée du patisiran, n'ont malheureusement pas eu cette chance. Une rencontre d'échanges européenne en langue anglaise, consacrée à l'amylose hATTR, réunit chaque année des patients et des médecins. Cette manifestation – European ATTR Amyloidosis Meeting for Patients and Doctors – constitue à chaque fois et malgré la barrière linguistique un petit message d'espoir pour les personnes concernées.

Quel rôle joue le centre de référence du CHUV pour la collaboration avec les médecins-traitants dans l'optique du diagnostic et du traitement des patients atteints d'amylose hATTR ?

L'amylose hATTR est une maladie rare. Vu le nombre de cas extrêmement faible, les médecins ne sont de loin pas tous au courant des nouveaux tests diagnostiques et des nouvelles méthodes thérapeutiques. Le centre de référence du CHUV contribue à la mise sur pieds d'une compétence spécifique. Ceci permet aux patients concernés de trouver à tout moment dans le centre des conseils et un traitement approprié. Les troubles multi-systémiques requièrent aussi une approche multidisciplinaire. En ce sens, une coordination centralisée permet une prise en charge plus globale et plus professionnelle. Notre approche commence d'ailleurs déjà à payer puisque de plus en plus de collègues nous adressent des patients. Nous attachons une grande importance à la sensibilisation des médecins installés, car il est essentiel que les symptômes précoces de l'amylose soient reconnus et que nous puissions introduire le traitement aussi tôt que possible. Lorsque le traitement choisi est le patisiran, selon les recommandations de l'OFSP, la première perfusion est toujours admi­nistrée au CHUV. Les perfusions subséquentes peuvent ensuite se faire soit chez nous, soit dans un autre hôpital, plus proche du domicile, sous réserve qu'il fasse partie du réseau Suisse d'amylose. Toujours selon les recommandations de l'OFSP, les patients traités par patisiran doivent avoir un suivi annuel au CHUV pour valider la poursuite du traitement. Le suivi semestriel peut se faire au CHUV ou dans un centre compétent plus proche du domicile.

Quelles sont les disciplines représentées dans le réseau multidisci­plinaire du CHUV qui prend en charge les patients avec amylose hATTR ?

Le réseau multidisciplinaire du CHUV comprend des neurologues, des cardiologues, des gastro-entérologues, ainsi qu'un ophtalmologue. Occasionnellement l'avis d'un néphrologue est nécessaire. L'unité des transplantations fait naturellement partie du réseau dans la mesure où nous soignons aussi des patients greffés du foie. Par ailleurs, le réseau suisse de l'amylose (SAN), impliquant des médecins avec les spécialisations susmentionnées et, en outre, des médecins internistes et hématologues, en provenance de divers hôpitaux suisses a émis des guidelines destinées à unifier les approches diagnostiques et thérapeutiques au niveau national.
 

Drapeaux rouges et attitude face à une amylose hATTR

L'amylose hATTR est une maladie héréditaire autosomale dominante multi-systémique rare, qui touche des adultes. Il existe de nombreuses mutations conduisant à la formation de dépôts d'amyloïde susceptible d'entraîner des déficits fonctionnels dans le système nerveux et d'autres organes.

  • Drapeaux rouges : anamnèse familiale, symptômes gastro-intestinaux et ­cardiaques, polyneuropathie, insuffisance rénale
  • Identification des mutations du gène TTR par test de génétique moléculaire
  • Prise en charge multidisciplinaire dans un centre de référence
  • Traitement précoce par une thérapie anti amyloïde (dont Patisiran)

Références

2 Obici L, et al. Quality of life outcomes in APOLLO, the phase 3 trial of the RNAi therapeutic patisiran in patients with hereditary transthyretin-mediated amyloidosis. Amyloid. 2020 Sep; 27 (3): 153–162.
3 Benson MD, Teague SD, Kovacs R, Feigenbaum H, Jung J, Kincaid JC. Rate of progression of transthyretin amyloidosis. Am J Cardiol 2011; 108: 285–289.
4 Luigetti M, et al. Diagnosis and Treatment of Hereditary Transthyretin Amyloidosis (hATTR) ­Polyneuropathy: Current Perspectives on Improving Patient Care. Ther Clin Risk Manag. 2020; 16: 109–123. Published 2020 Feb 21.

Nov 2021 TTR02-CHE-00124